JOURNAL D’UN VIEUX CONFINÉ…JOUR 19

En cette période de confinement, mon ami Rodolphe Trouilleux, qui vient de rejoindre le blog vous fait part d’un journal imaginaire : « Journal d’un vieux confiné  »  Historien, auteur de nouvelles, conférencier, rédacteur au Journal Le Chat Noir, on me présente souvent comme le spécialiste de Paris secret et insolite, rappelant en cela mon livre éponyme. C’est un peu vrai mais Paris dans son ensemble me passionne depuis toujours. La ville d’hier et d’aujourd’hui, ses multiples histoires et faits divers occupent mon quotidien. Incorrigible piéton, je parcours les rues parisiennes en tous sens, et mes découvertes sont nombreuses. Qu’elles soient théâtrales, littéraires, gastronomiques, etc, les surprises sont souvent au rendez-vous et c’est un plaisir de les partager.

 

Dix-neuvième jour de confinerie

Tout à l’heure on se demandait avec Maman ce qu’on ferait à la libération de la confinerie. Elle, elle sait pas trop mais moi je crois bien qu’on fera un truc de folie qu’on n’a pas osé avant. J’ai mon idée : d’abord on mettra nos beaux habits du dimanche, Maman sa robe à pois neuve qu’elle a acheté aux petits Suisses et moi le costard de mon père avec une pochette assortie à mes chaussettes. 

Et pis on ira à l’étang des crasseux pour faire de la barque comme des gens biens. Le type qui tient la cabane des barques je le connais pas mais sinon j’ai connu son père quand j’étais petit, il avait fait fortune avec le marché noir pendant la guerre et mon papa il l’appelait « le collabo » et je sais pas pourquoi mais mon père il payait jamais la location, il devait savoir des trucs pas clairs sur lui. 

Copyright R.Trouilleux

Chaque dimanche on allait avec mon père et ma mère faire de la barque et ça finissait toujours par une engueulade entre eux. Ensuite, tout le temps, ils m’achetaient des bonbons et des petits jouets à la cabane aux bêtises, au bout de l’étang, et puis ils me ramenaient chez ma grand-mère pour l’après midi – ils allaient voir un film qu’ils disaient – et quand ils revenaient me chercher ils avaient toujours l’air heureux et détendus. 

Quand j’ai grandi j’ai fini par comprendre que la séance de cinéma ils se la tournaient dans leur chambre en couleurs et en relief. 

Bref, ça me rappelle des gentils souvenirs les barques. Donc, on ira sur l’étang avec Maman et après on ira au restaurant du Chapeau vert, un endroit pour ceusses qu’ont du pognon et qui connaissent les bonnes manières. Ça nous changera de chez Dédé la frite, des saucisses cramées et des patates trop grasses. Il est gentil le Dédé mais franchement il aurait dû faire CAP de plombier plutôt que celui de cuisinier. 

Au Chapeau vert on prendra que des trucs chers et raffinés, genre moules à la crème, poulet à la façon des Basques ou quenelles sauce tomate. Et avec un peu de chance ils feront des bons desserts. Tout ça arrosé au mousseux des beaux jours, j’aurai les moyens, j’aurai cassé mon livret de la caisse de l’épargne. 

Bon, pour l’instant tout ça c’est un beau rêve. En attendant Maman elle a plus de dents, moi je vis en slip et en marcel toute la journée et pis on tourne un peu en rond quand même. 

Y’en a dans la rue qu’ont lancé une idée de l’apéro du grillage : on sort chacun notre bouteille et on picole devant la baraque chacun chez soi. Chez nous ça ira, chez Paulot aussi, mais je me demande ce que ça va donner chez Lucien. Ils sont tellement remontés chez lui qu’ils risquent de sortir à oualpé devant chez eux et ça peut jeter un froid. Mais heureusement il fait pas chaud alors ça va limiter les ardeurs des tout nus. 

On a téléphoné à Gradoub pour les saucisses. Ils sont carrément débordés, comme si on pouvait soigner le virus de la Corona avec de la charcuterie, c’est dingue tout de même ! Moi j’ai bien l’impression que nos saucisses on les aura après la libération mais c’est pas grave, comme Maman elle a les chicots en berne c’est pratiquement mieux. 

J’ai vu la Calamité Jeanne qui passait devant chez moi avec son cabas et son panier à bouteilles. Elle a pas répondu à mon bonjour et elle m’a regardé d’un œil mauvais, sacré sorcière ! Si c’est pas malheureux de finir comme ça ! Quand on était encore copain avec le cocu de bout de la rue, y m’avait montré des photos de la Jeanne dans les années de sa jeunesse. A l’époque on l’appelait Daisy Star et c’était la grande vedette du Moulin rouge, un sacré canon ! Il est bien loin le franche cancan et le grand écart. 

C’est pas tout ça ces histoires anciennes ,mais en attendant j’ai pu d’apéro pour le grillage et va falloir que je me refasse au Céprix. C’est vrai, vis-à-vis des voisins faut pas avoir l’air de mégoter sur les liquides sinon de quoi on aura l’air. 

Et pour le reste on verra demain.

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Historien, auteur de nouvelles, conférencier, rédacteur au Journal Le Chat Noir, on me présente souvent comme le spécialiste de Paris secret et insolite, rappelant en cela mon livre éponyme. C’est un peu vrai mais Paris dans son ensemble me passionne depuis toujours. La ville d’hier et d’aujourd’hui, ses multiples histoires et faits divers occupent mon quotidien. Incorrigible piéton, je parcours les rues parisiennes en tous sens, et mes découvertes sont nombreuses. Qu’elles soient théâtrales, littéraires, gastronomiques, la surprise est souvent au rendez-vous, et c’est un plaisir de les partager.

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