« Novecento Pianiste » à l’Essaïon

« NOVECENTO PIANISTE » DE BARICCO, UNE TRAVERSEE DU JAZZ ET DES OCEANS AU XX EME SIECLE !

Après Balmer et Dussollier qui l’avaient mis en scène, c’est au tour de Pascal Guin de le faire, en nous offrant un Tim Tooney à l’expressivité incroyable. Le narrateur et trompettiste Tim Tooney nous raconte, le temps d’une soirée, ses sept ans passés à bord du paquebot le Virginian, où il s’est lié d’amitié avec le plus grand pianiste sur l’océan jamais descendu sur terre : Novecento.

Cette pièce est une trinité parfaite composée de poésie, de jeux virtuoses des comédiens et enfin de notes des compositions du pianiste Christofer Bjurström, qui campe un Novecento malicieux et convaincant. Pour couronner le tout, de très beaux jeux de lumière, avec des clair-obscurs qui sculptent les visages et les mains.

La terre est un bateau trop grand pour moi. Ce sont sans doute les mots qui résument le mieux le destin de Novecento. Tel Moïse sauvé des eaux, ou plutôt sauvé par les eaux en 1900, son ami Tim Tooney nous conte qu’il fut abandonné nouveau-né par des immigrants dans une caisse laissée sur le piano du Virginian  en 1900. Recueilli par un marin et élevé dans la salle des machines, il se révèlera être un jour un pianiste virtuose autodidacte.

crédits Jean Henry

Un monde à portée de passerelle. Là où d’autres se trouvent prisonniers d’un monde fini, Novecento a trouvé son bonheur dans ce monde clos. Sans doute parce que, s’il semble fuir la terre, le monde vient à lui et qu’il le connaît comme personne. À travers les passagers, issus de différentes nations et classes sociales. Une mosaïque qu’il restitue dans les combinaisons infinies de ses 88 touches de piano. Il joue aussi pour ce monde, pour ces personnes, pour les faire danser, car quand tu danses, tu ne meurs pas.

Si le pianiste Novecento ne touche pas terre, le mouvement est omniprésent, qu’il soit sur les océans qui ballottent le Virginian, ou encore sur le visage de Tim Tooney. À travers lui, Pascal Guin incarne plusieurs personnages ainsi qu’un large éventail de sentiments.

Ce récit de Baricco, habilement tissé avec des évènements et des personnages réels, tel Jelly Roll Morton, inventeur autoproclamé du jazz, nous emmène dans son sillage si fou et si lucide à la fois. Lucide sur la condition humaine et sur son psychisme. On n’est pas fou quand on a trouvé un système qui nous sauve. Le monde vague à larmes de fond. Baricco connaît la pâte humaine et la chante dans ses aspérités et ces joyaux. Il personnifie parfois même des objets qui ça et là deviennent les poétiques protagonistes de ses œuvres, donnant lieu à des échanges truculents.

crédits Jean Henry

Le talent et la complicité de Pascal Guin et Christofer Bjurström transforment la petite scène de l’Essaïon en majestueux Virginian. N’oublions pas que c’est la terre qui bouge ou porte toujours l’océan en soi. Vous saurez en en ressortant, qu’il est possible de valser avec un piano au rythme de la tempête de l’océan ! Un récit-jazz à découvrir absolument à l’Essaïon jusqu’au 30 juillet, puis à partir du 25 août jusqu’au 8 octobre 2022, les jeudi, vendredi et samedi à 21h15.

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