Dépêchez-vous : encore aujourd’hui le 6 mai au Montmartre Galabru à Paris puis au B.A. Théâtre à Avignon !
Nous voici plongé.e.s au cœur des années 1908-1914 aux côtés de Colette. La Compagnie Let It Be lui consacre un spectacle-bijou dense et palpitant, grâce au talent de ses artistes pluridisciplinaires reconnus. Cette pépite, donnée au cœur du Paris artiste, sur la charmante scène du Montmartre Galabru s’apprête à s’envoler pour Avignon.
Une structure intelligente Le format original de ce spectacle musical permet une distanciation tout en plongeant au cœur de l’action et de vivre les émotions des protagonistes.
Un tandem artistique en est à l’origine. Gaël Lépingle à l’écriture et à la mise en scène et Julien Joubert à l’écriture musicale.
« Aucun orage n’est assez fort pour faire obstacle au spectacle » Cette phrasechantée par les comédiens pourrait être en quelque sorte la maxime de ce spectacle musical où piano et clarinette accompagnent les chansons au texte savoureux. La contrebasse se fait également entendre pour les morceaux plus rythmés aux accents jazzy.
La scénographie aux décors aussi esthétiques qu’efficace est signée Ludovic Meunier. Elle est composée d’éléments mobiles. Trois malles de voyage sont tantôt meubles, tantôt banquette de train ou encore lit. Deux structures habillées de panneaux toilés se métamorphosent en armoires, en loge de théâtre ou encore en mur protégeant des regards indiscrets les ébats de Colette et Henri de Jouvenel, son deuxième mari. Les oreilles de la remarquable Madame Lamarque (Mia Delmaë) sa logeuse de Verdun décontenancée, n’en sont pas pour autant épargnées, pour le plus grand bonheur du public qui savoure la chanson qu’elle lui interprète, corps et âme à l’unisson. Les costumes seyants et naturels sont de Paula Dartigues.
La très belle régie met en valeur les comédiens et sert des ambiances particulières. Ici, une lumière glacée d’un wagon de train. Là, un ton plus chaleureux et feutré pour un intérieur nocturne. La mise en scène occupe tout l’espace avec intelligence
Des comédiens virevoltants Voici un spectacle mené avec brio par un trio de comédiens ajustés et complices, à la diction parfaite. Ils chantent et dansent avec un naturel décoiffant. Un ami chanteur et spécialiste de l’opérette souligne leur excellente et rare maîtrise du passage du parler au chanter.
La chatoyante Ariane Carmin décline les facettes de la personnalité riche de Colette dans toute leur complexité. Elle nous fait revivre ainsi entre mille et un tableaux la traque impitoyable que fait subir à Colette la Panthère, amante folle de jalousie de son deuxième mari Henri de Jouvenel. Armée d’un pistolet, elle poursuivra de sa rage celle qui écrira plus tard Chéri entre Paris et Saint-Malo. Si la pièce s’ouvre dans les coulisses du Moulin Rouge sur la relation de Colette avec Missy, son roman Chéri, écrit quelques années plus tard, annonce celle qu’elle entretiendra avec Bertrand le fils de Henri. Missy, Henri et Bertrand sont les trois amours de Colette qui se succèdent dans la pièce.
Les exquis David Koenig et Mia Delmaë interprètent une vaste galerie de personnages, dont le couple d’artistes aux côtés de Colette lorsqu’elle sillonne la France. Elle jouera du music-hall, sont La Vagabonde, à laquelle l’une des chansons fait clin d’œil. Les deux comédiens campent aussi quelquefois le décor en donnant quelques indications, l’air de rien, tant le déroulé s’enchaîne à merveille. Ainsi lors du saut de trois ans qui nous propulse dans la vie de Colette, alors épouse de Henri de Jouvenel.
Le comédien David Koenig interprète ce dernier brillamment. Il manie aussi bien la diction aristocratique du journaliste, qu’en parallèle l’accent et le parler provençal du comique itinérant, ou encore l’élocution du mime Wague (précurseur du mime Marceau).
Les deux interprètent à plusieurs reprises le couple de comédiens de la troupe itinérante dont Colette a fait partie un moment. S’ils la voient comme différente, Colette ne l’a-t-elle pas toujours été, et ce dans quelque milieu où elle se soit trouvée depuis sa naissance jusqu’à sa mort ? C’est bien une Colette indomptable et insaisissable au milieu des siens, que la Compagnie Let It Be nous restitue avec passion et incarnation.
Une période charnière de la vie d’une artiste sans cesse en mouvement
L’affirmation de Colette, qui a 35 ans lorsque le rideau se lève, passe d’abord par la scène, qui lui donne son indépendance financière. Elle est encouragée par le mime Georges Wague à sortir des sentiers battus en travaillant le naturel. L’autrice des Claudine est désormais la femme libre de vivre comme elle l’entend, tant sur scène qu’à la ville ou chez elle.
Si Colette devient comédienne aux côtés de Missy lorsqu’elle quitte Willy (prononcez « Villy ») elle continue à écrire, que ce soit dans les wagons ou ailleurs. Elle croque par les mots la vie quotidienne et les personnes qu’elle croise sur son chemin de comédienne itinérante.
Pendant cette période où elle travaille intensément son corps par la gymnastique et la boxe entre autres, elle se sent menacée par une sorte de dislocation physique. Ne serait-ce pas l’image du tiraillement intérieur qu’elle vit entre sa soif d’émancipation économique, rendue possible par sa vie de comédienne et sa soumission érotique quelques temps plus tard à son deuxième mari Henri de Jouvenel ?
Féline et guerrière, Colette parvient, alors qu’elle est encore avec Missy, à faire reconnaître son nom de plume : Colette Willy. Plus tard, elle signera ses œuvres de Colette, son nom seul.
Ce spectacle fin affirme aussi l’émancipation des femmes, à l’image de Colette journaliste pendant son mariage avec Henri de Jouvenel. Elle réussira à le retrouver clandestinement près du Front de Verdun. A côté des femmes obligées de travailler pour participer à l’effort de guerre, la nuance dans l’enthousiasme est rappelée avec justesse. La fragilité de certains acquis qui risquent de disparaître d’un jour à l’autre, à la faveur d’un changement de régime politique ou tout simplement de mode, ne peut être oubliée.
Nous nous trouvions dans une salle comble, juste hommage à cette pièce au rythme à la fois léger et soutenu à la fois : un pur bonheur du début à la fin.La France et les arts rendent hommage à Colette dont nous fêterons le 3 août 2024 les 70 ans de la disparition.Vous pourrez guetter les spectacles autour de la figue de Colette en Avignon. D’autres merveilles offrent avec celui-ci un bouquet sublime à Colette.
Après les dates montmartroises, vous pourrez retrouver Colette l’indomptable à Avignon, du 29 juin au 21 Juillet 2024 au B.A. Théâtre – 25 rue Saint Jean le Vieux – Place Pie – Avignon
Théâtre Montmartre Galabru 4 rue de l’Armée d’Orient – 75018 Paris (face au 53 rue Lepic)
Lundi 6 Mai à 19h30
Durée 1h30
Tarifs : 20€ / 14€ (Tarif réduit)




