« ENTROPIE » DE KARIM DUVAL AU THÉÂTRE DES MATHURINS

Par on ne sait quel mystère, nous n’avions pas encore succombé au phénomène Karim Duval. Nous ne l’avions pas même découvert. On nous promettait de l’humour différent, du stand up intelligent et subtil et son dernier spectacle, Entropie, en est l’incarnation. À retrouver sans plus attendre au théâtre des Mathurins et à partir de janvier, à la Gaîté Montparnasse.

Copyright Caroline Bazin

Les hautes études mènent à tout. On ne compte plus le nombre de saltimbanques qui sont passés par de grandes écoles, des métiers diplômés nécessitant pléthore années de dur labeur post-baccalauréat. Pour finir par vivre de sa passion : chanter, jouer, amuser. Karim Duval est de ceux-là. École Centrale, carrière d’ingénieur en informatique et mathématiques appliquées et puis, l’appel de la scène. Et cela se sent. Quand on nomme son spectacle Entropie et qu’on en demande la définition au public, peu de bras se lèvent pour l’expliquer. Il faut dire que c’est un terme de thermodynamique que le Larousse donne deux définitions : « fonction qui caractérise l’état de désordre d’un système » et « nombre qui mesure l’incertitude de la nature d’un message donné à partir de celui qui le précède ». Et les deux se valent pour ce présent spectacle.

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Le désordre, Karim aime ça. Il le crée dès le début de son arrivée, en prenant à partie le public, lui posant des questions, cherchant quelque chose à quoi s’arrimer, développer, faire grossir, revenir dessus l’air de rien. Des instants d’improvisation qui détendent l’atmosphère et donnent l’impression que tout le reste du show sera du même tonneau, alors que l’artiste sait exactement où il va. Il crée de l’ordre avec du chaos, il dévie l’entropie pour parvenir à ses fins. On peut ainsi passer des doudounes sans manche, d’une anecdote sur un parc animalier au service après-vente dont l’opérateur vit en Inde en passant par la naissance de l’intelligence artificielle, sans transition aucune, alors qu’elle existe bel et bien. Il suffit d’écouter attentivement Karim qui, l’air de rien et tout en sirotant une tisane (seul accessoire du spectacle), nous conduit exactement où il le souhaite. « L’incertitude de la nature d’un message donné à partir de celui qui le précède », donc.

Survolant la scène avec maestria, parlant de lui pour parler au nom de tous, créant de l’universel à partir du personnel, Karim Duval maîtrise le verbe et fait rire selon son propre tempo. Ce n’est ni du stand up (il montre plusieurs fois qu’il sait jouer la comédie et incarner des personnages), ni de la comédie pure, cherchant l’esclaffement à chaque fin de phrase. Non. Il sait prendre son temps, étayer son propos pour permettre au rire qui ne manquera pas de surgir, d’être un rire intelligent, construit, presque savant. Rares sont les spectacles d’humour où l’on a réellement eu l’impression d’apprendre quelque chose, de faire une véritable rencontre humaine. Entropie est de ceux-là. Et nous de comprendre enfin, le phénomène Duval.

Entropie, au théâtre des Mathurins (36, rue des Mathurins 75008 Paris), jusqu’au 12 décembre, les jeudis à 19h. À partir de janvier à la Gaîté Montparnasse, les jeudis à 19h.

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Journaliste de formation et amoureux de Paris, J’ai écrit pour différentes publications à gros tirage (Questions de femmes, Le Républicain Lorrain, Carrefour savoirs, Aux petits oignons…) et pour des sites culturels (Evene.fr, Grand-Ecart.fr…). Pour Fille de Paname, je rédige articles et interviews essentiellement dirigés vers la culture. julien@filledepaname.com

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