« LA PROCHAINE FOIS QUE TU MORDRAS LA POUSSIÈRE » AU PETIT SAINT-MARTIN

Tu es le père

Le livre à succès de Panayotis Pascot demeure dans la famille en étant adapté par son frère Paul pour la scène du Petit Saint-Martin. Un spectacle bouleversant sur les relations dysfonctionnelles entre un père et son fils, sur fond de dépression et d’impossibilité de faire éclater ses sentiments. Intime, drôle et percutant.

On avait quitté Panayotis Pascot sur scène, pour le spectacle Presque où il dévoilait des pans de sa vie l’air de rien, sans y toucher, des bribes personnelles entre deux vannes qui les ouvraient, justement, les vannes. Celles des larmes qui ne veulent pas dire leur nom mais leur provenance, coulant sur le papier la fois suivante, pour son livre à succès La prochaine fois que tu mordras la poussière. Une triple déclaration d’amour : à un père qui n’ose pas montrer ses sentiments, même au seuil d’une mort annoncée, à soi-même en une invitation au voyage intérieur qui démange et dérange et à la dépression, qui ouvre grand ses bras, assomme et devient source d’inspiration créatrice.

Un best-seller (comme tout ce que touche Panayotis) désormais transposé sur scène avec tout autant de maestria par son frère Paul, metteur en scène, comédien et auteur lui-même. C’est qu’on a du talent dans la famille. Paul Pascot s’empare en effet du matériau de son frère, pour en faire un spectacle tout aussi drôle et bouleversant. La fratrie Pascot a demandé à l’un des membres de la fratrie Schneider (Vassili, vu dans Le Comte de Monte-Cristo dernièrement au cinéma) d’incarner ce narrateur, double de Panayotis, chevelure blonde et corps élancé, prêt à se jeter dans l’arène.

Le récit est ramassé et concentré autour de la relation au père, interprété par Yann Pradal, qui observe dans l’ombre depuis la salle, commente également par petites touches, essaie de communiquer avec ce fils qu’il ne comprend pas ou n’a jamais voulu comprendre. On saisit à sa place les perches qu’il tend, alors que sa progéniture les refuse. Un jeu d’attraction/répulsion qui cache des mots d’amour qui n’osent se dire. Père et fils préférant quitter la pièce où ils se trouvent dès que l’émotion les étreint et affleure.

De son énergie et présence félines, Vassili Schneider donne à voir un jeune homme en pleine dé/re/construction, apprivoisant son mal-être pour tenter de s’en défaire, acceptant son homosexualité pour embrasser la vie à dents pleines, tutoyant l’appel du vide pour mieux s’en détourner. Une montagne russe émotionnelle dont il se sort avec les honneurs, grâce à la mise en scène ciselée de Paul Pascot. Il casse parfois le quatrième mur pour ébaucher une complicité avec le public de cette histoire somme toute universelle. Qui n’a pas éprouvé un sentiment de mal-être et d’amour pudique avec au moins un membre de sa famille ?

Si le décor écrase un peu l’ensemble, car ici, seules la présence en pleine lumière de Vassili Schneider et l’absence tapie dans l’ombre de Yann Pradal ont loi et se suffisent à elles-mêmes, La prochaine fois que tu mordras la poussière est un spectacle qui touche en plein corps et cœur et donne envie de dire tout haut ce que l’on garde tout bas au fond de soi. À livre majuscule, spectacle tout aussi grand. Forcément.

La prochaine fois que tu mordras la poussière, au Petit Saint-Martin (90, rue du Faubourg Saint-Martin 75010 Paris), du mardi au samedi à 19h. Jusqu’au 8 mars.


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Journaliste de formation et amoureux de Paris, J’ai écrit pour différentes publications à gros tirage (Questions de femmes, Le Républicain Lorrain, Carrefour savoirs, Aux petits oignons…) et pour des sites culturels (Evene.fr, Grand-Ecart.fr…). Pour Fille de Paname, je rédige articles et interviews essentiellement dirigés vers la culture. julien@filledepaname.com

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