Déclaration d’amour filiale, ode à la différence, porte-voix des personnes en situation de dépression… La Fête des mères au théâtre de la Reine Blanche est tout ça et un peu plus, grâce à l’énergie communicative de son autrice et interprète, Zelda Bourquin.
« Bonne fête, Maman ». Ces trois mots résonnent comme un détonateur. Des mots magiques, ceux d’une petite fille qui ouvre le bal en un documentaire des années 1960 sur la difficulté de trouver le cadeau idéal quand son argent de poche se révèle bien trop petit pour un cœur trop grand. Des mots d’une tendresse infinie, tant on a envie de la gâter, cette maman qui a tout donné, tout consenti, quitte à s’oublier elle-même. Et des mots qui tentent de réveiller, de redonner la vie quand cette dernière ne demande qu’à partir, petit à petit. Ces trois mots, balancés comme des leitmotivs à intervalles régulières pendant le spectacle, sont à la fois des cris du cœur et des cris de détresse. Ceux d’une fille pour sa mère atteinte d’anxiété sociale, de dépression chronique et dont la magie enfouie permet encore de ranimer quelque peu.
La Fête des mères, seule en scène dans la droite lignée des spectacles aussi drôles qu’incandescents d’Eva Rami, est écrit et interprété par Zelda Bourquin dont c’est le premier spectacle qu’elle offre comme un cadeau : aux spectateurs, bien évidemment, avec cet emballage rassemblant en même temps stand-up, classique, théâtre contemporain, performance, art et musique. Un spectacle total et un cadeau donc, destiné à sa mère. Chaque fois qu’il est interprété (ou plutôt totalement incarné, le mot est plus juste), sa mère revit, reprend goût à l’existence. C’est dire la responsabilité du public, c’est dire si chaque applaudissement nourri est une bénédiction, un médicament, faisant l’effet d’un défibrillateur pour Zelda Bourquin et par ricochet, pour sa mère.
S’il est toujours délicat de se livrer et de se mettre à nue sur scène (Mickaël Delis le fait d’ailleurs régulièrement dans ce même théâtre), Zelda a la pudeur chevillée au corps autant qu’un culot sans borne. Revêtant une couronne en pâtes crues, réinventant les cadeaux que l’on fait à ses parents à la maternelle, elle n’hésite pas à faire du ridicule un rempart à la douleur morale. Charismatique, mutine, tragique, hilarante, elle se livre sans douter, sans hésiter, sans ciller. Sa mère ne peut qu’être fière d’elle.
La Fête des mères, au théâtre de la Reine Blanche (2 bis, passage Ruelle 75018 Paris). Jusqu’au 12 octobre, les dimanches à 18h, les mercredis, vendredis et samedis à 21h.







Courrez vous faire désenvouter !
A travers son jeu, Zelda Bourquin nous amène à créer un rituel magique de libération de la « Mère ».
Le dernier cadeau de la fille à la mère, comme l’ultime incantation de la déesse, pour briser les chaînes de l’impuissance à sauver sa mère de la dépression.
Toute la pièce est en soi ce dernier cadeau pour fêter la mère, la dernière chance de recevoir ce que la fille a tant essayé de donner, sans y parvenir vraiment.
Le cri du désespoir, mêlé au rituel par les mots pour enfin se libérer : et s’il existait un rite, un mot, une incantation, une parole, une magie pour sauver, ou se sauver ?
Entre rire et douleur, les spectateurices sont embarqué.e.s dans cet univers filiale, prenant petit à petit les tours d’un sortilège de desenvoutement, une ode à la mère de la fille, un cadeau spirituel d’amour dans une forme totalement libre, un cadeau-création-témoignage qui mêle art, théâtre et amour !