« FALLAIT PAS LE DIRE » AU THÉÂTRE DE LA RENAISSANCE

Scènes de méninges

Tout dire or not tout dire ? Telle est la question ! Au théâtre de la Renaissance, triomphent actuellement Pierre Arditi et Evelyne Bouix dans une succession de saynètes sur la vie intime d’un couple, signées Salomé Lelouch. Fallait pas le dire, mais il faut le voir !

Copyright Philippe Warrin

Il y a quelques années, Léonore Confino triomphait avec Ring, un de ses textes ciselés dont elle a le secret et dans lequel un couple anonyme s’aimait et se déchirait au cours de saynètes à la fois tragiques et désopilantes. Fallait pas le dire en reprend le même concept : un couple dont on ne connaîtra jamais le nom des deux protagonistes, enchaîne les scènes de ménage sans lien apparent. Il y en aura pourtant un, lors de la dernière séquence, faisant de l’ensemble un tout cohérent derrière l’absurde de certaines situations. Mais il est tout de même un fil conducteur : celui de la parole sans filtre de l’épouse, mettant son mari au supplice, au désespoir et parfois, révélant chez lui une mauvaise foi profonde qui ne demandait qu’à s’exprimer.

Salomé Lelouch a écrit un spectacle-écrin pour ces deux interprètes qu’elle connaît par coeur : sa mère Evelyne Bouix et son beau-père, Pierre Arditi. Tant et si bien qu’on se demande parfois jusqu’où la jeune femme a poussé le curseur et emmené ce couple lié à la ville comme à la scène, dans l’autodérision. C’est presque un spectacle méta lorsque Pierre Arditi confesse être un gauchiste déçu ou Evelyne Bouix, s’adonner à des retouches esthétiques tout en fustigeant celles qui y ont recours.

Copyright Philippe Warrin

Pour autant, Salomé Lelouch nous épargne les sempiternelles engueulades de couples façon Ils s’aiment. Ici, point de lunettes de toilettes toujours relevées, point de diatribes sur la belle-famille, ni de clichés féministes à la manière des hommes qui viendraient de Mars quand les femmes seraient de Vénus. Non, Pierre Arditi et Evelyne Bouix débattent sur des thématiques actuelles, montrant que les séniors ne sont pas aussi déconnectés qu’on veut bien le prétendre : GPA, changement climatique, mouvement #MeToo, nouvelles technologies, pornographie et autres trottinettes électriques, s’invitent sans vergogne dans les discussions, provoquant remous et second degré fort appréciables. Une partition aux répliques qui fusent, servie avec bonheur par ces deux monstres sacrés du théâtre et du cinéma. Ils s’en donnent à coeur joie et même si certaines scènes sont un peu moins cocasses ou originales que les autres, leur abattement l’emporte. Peut-être qu’il n’est pas toujours bon de tout dire, mais une chose est certaine : il est bon d’en rire…

Actuellement au théâtre de la Renaissance (20 boulevard Saint-Martin 75010 Paris), du mercredi au samedi à 19h, le samedi à 16h30 et le dimanche à 15h.

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Journaliste de formation et amoureux de Paris, J’ai écrit pour différentes publications à gros tirage (Questions de femmes, Le Républicain Lorrain, Carrefour savoirs, Aux petits oignons…) et pour des sites culturels (Evene.fr, Grand-Ecart.fr…). Pour Fille de Paname, je rédige articles et interviews essentiellement dirigés vers la culture. julien@filledepaname.com

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